Le peuple pygmée regroupe plusieurs ethnies de chasseurs - cueilleurs - pêcheurs qui vivent dans les forêts équatoriales de l’Afrique. Leurs tribus se
trouvent au Cameroun, au Gabon, au Congo, en République centrafricaine, au Rwanda, au Burundi et à l'Ouganda.
Caractérisés par une petite taille légendaire qui leur a valu d’être le sujet d’une iconographie peu flatteuse en Europe, les pygmées sont souvent rejetés
par les autres ethnies et les Etats qui les abritent. Pour ne rien arranger, ils ont longtemps été nomades avant d’être chassés par l’exploitation forestière
et d’adopter une vie sédentaire dans les villes.
A vrai dire je me suis d'abord intéressé à la mythologie pygmée avant de m'intéresser à leur musique. J'aimais beaucoup l'idée que dans leur mythologie il
y ait un esprit, Edzengui, qui permette de faire le lien entre eux et la forêt par le rêve, et que la déforestation puisse représenter non
pas seulement le déclin de leurs coutumes et de leurs usages ancestraux mais également leur mort spirituelle. Mon oratorio Edzengui, qui
sera joué en création mondiale le 6 janvier à 20h30, est autant inspiré par leurs chants que
par leur culture.
Comme souvent chez les tribus reculées, la musique pygmée, enseignée aux enfants dès leur plus jeune âge, a d’abord une fonction sociale et religieuse, et
les accompagne au quotidien. Mais les analogies s’arrêtent là. La musique pygmée demeure une musique bien à part, autant sur le continent africain que dans
l'ensemble du monde.
Bien que celle-ci ait inspiré d'illustres compositeurs contemporains comme Gyorgy Ligeti et Steve Reich, qui l'ont étudié un temps, ou des groupes new-age
comme Deep Forest qui ont fait connaître leur esthétique auprès du grand public (sans que ce dernier puisse souvent en identifier l’origine), j’ai eu des
difficultés à trouver des analyses musicologiques de leurs chants (pourtant étudiés en long et en large par des ethno-musicologues comme S. Arom). Pendant
l’été 2010, alors que je travaillais sur Edzengui, j’ai donc consacré une partie de mon temps à écouter de la musique pygmée, à relever leurs chants et à
m'en imprégner afin de composer ma propre mélodie. On entend cette dernière au début de la pièce sous sa forme polyphonique traditionnelle. Elle est ensuite
réexposée deux fois sous une forme plus occidentale au piano: au début de l’Interlude (où harmonisée par des accords jazz elle se transforme progressivement)
(Voir la vidéo) et dans l’Incantation qui suit, où elle est accompagnée par une texture onirique en harmonie quartale
et le chant éploré des sopranos.