Musique: Actu & Analyse

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vendredi 13 juin 2014

"A Globe Itself Infolding" de Samy Moussa


Samy Moussa, que je connais depuis de nombreuses années maintenant, m'a demandé de regarder sur Medici.tv sa dernière création pour orgue et orchestre, "A Globe Itself Infolding", dirigée par Kent Nagano.

Lorsqu'on est soi même compositeur et qu'un ami, dont on a suivi la carrière depuis le tout début, présente sa pièce, une sorte de distance se crée parfois qui empêche d'être happé complètement et l'on a plus de mal à faire abstraction de ce que l'on sait de son auteur.

Or, pour une fois, j'ai été totalement pris par surprise. A Globe Itself Infolding est une pièce hypnotique et poignante qui m'a littéralement emporté au bout de quelques secondes... au point où je n'hésiterais pas du tout à parler de chef d'oeuvre. Quelques minutes auparavant, la création de Saariaho (dont je suis pourtant un fan absolu) ne m'a absolument pas convaincu; la pièce de Samy fait preuve à mon sens d'une meilleure compréhension de l'orgue, qu'il intègre parfaitement à l'orchestre.

Alors qu'il vient d'avoir trente ans, Samy Moussa, qui est aussi chef d'orchestre, a déjà une grande carrière devant lui. Publié par Durand, il a été lauréat du prix Ernst Von Siemens, a écrit deux opéras, et parmi ses commanditaires, on trouve les noms prestigieux de Pierre Boulez et Kent Nagano.

A Globe Itself Infolding me semble une pièce charnière dans sa carrière, et il est fort probable à mon avis qu'un grand compositeur soit né avec celle-ci.

Je suis donc très heureux de vous la faire découvrir!


vendredi 27 septembre 2013

Blow It Up, Start Again (Jonathan Newman)


Je ne résiste pas à l'envie de vous partager cette œuvre complètement dingue que j'ai découverte hier grâce au compositeur Eric Whitacre après que ce dernier l'ait partagée sur son profil FB.

La pièce pour orchestre Blow It Up, Start Again (une version pour orchestre d'harmonie existe également), créée l'année dernière à Chicago, est signée Jonathan Newman et semble brasser des influences aussi diverses que le jazz, la musique contemporaine, la musique de film ou le dubstep. Résultat, le compositeur nous livre un cocktail musical détonnant, furieux et funky, où les voicings swingés et complètement allumés aux cuivres et le rythme implacable à la batterie fricotent avec des dissonances et des effets contemporains savamment dosés. Si Jonathan Newman ne renouvelle pas fondamentalement le langage, il réussit néanmoins un tour de force musical qui à mon sens pourrait marquer durablement le répertoire. "If the system isn't working anymore, then do what Guy Fawkes tried and go anarchist: Blow it all up, and start again.", telle semble être la note d'intention du compositeur.



Cette pièce m'impressionne d'autant plus que j'avais pensé faire un morceau dans le genre pour ma commande actuelle (une pièce pour orchestre d'harmonie) avant de me raviser compte tenu du manque de temps. L'idée m'était venue en écoutant les oeuvres orchestrales de Franck Zappa interprétées par le LSO. J'ai certainement bien fait de ne pas m'y aventurer puisque Jonathan Newman l'a déjà fait avec brio. Mais cette pièce ouvre un peu plus la brèche dans laquelle je souhaite m'engouffrer à l'avenir.

En attendant, Blow It Up, Start Again tourne en boucle!


lundi 27 mai 2013

Centenaire de la création du "Sacre du Printemps"


Le 29 mai 1913, les Ballets russes de Diaghilev créent au Théâtre des Champs-Elysées le Sacre du printemps d'Igor Stravinsky sur une chorégraphie de Vaslav Nijinski et avec Pierre Monteux à la direction de l'orchestre. Cette musique iconoclaste et radicale fera date dans l'histoire de la musique en provoquant lors de sa représentation le scandale que l'on sait.

Cent ans après, le Théâtre des Champs-Elysées, qui célèbre également son premier siècle d'existence, commémore cette date anniversaire en présentant entre ses murs trois versions du Sacre : celle de Vaslav Nijinski, celle de Pina Bausch et celle de Sacha Waltz.

La première représentation le 29 mai sera retransmise en direct sur ARTE à partir de 20h30, entrecoupée d'un documentaire sur la création et le Théâtre.

Des rencontres gratuites autour de l'oeuvre sont également organisées les 30 et 31 mai, avec notamment une intervention de Pierre Boulez le jeudi matin.



mercredi 22 mai 2013

Décès d'Henri Dutilleux


C'est avec une immense tristesse que je viens d'apprendre le décès d'Henri Dutilleux à l'âge de 97 ans ( Article du Monde )

Henri Dutilleux était une très grande figure de la musique contemporaine qui a occupé une place centrale dans ma vie musicale depuis que j'ai découvert les Métaboles à mon adolescence sur France Musiques.

J'ai eu l'occasion de le rencontrer une fois, lorsque pour Res Musica, il m'a accordé un entretien à la SACEM.

Une page se tourne dans l'histoire de la musique. Je n'ai pas assez de mots pour dire ma tristesse et décrire toute l'admiration que je vouais à ce compositeur.

Au revoir, Monsieur Dutilleux... Et merci pour tout!



samedi 5 janvier 2013

Mademoiselle Nadia Boulanger


En 1977, Bruno Monsaingon livre un documentaire passionnant sur Nadia Boulanger, alors âgée de 90 ans. On y découvre les témoignages de quelques uns de ses élèves les plus prestigieux, Leonard Bernstein et Igor Markévitch, ainsi que les célèbres leçons de musique qu'elle dispensait chaque mercredi depuis des décennies. Dotée d'une oreille et intelligence musicale prodigieuse, cette grande Dame énonce dans ce film quelques vérités sur la création musicale qui interpelleront tout compositeur soucieux d'améliorer son art.

On imagine mal aujourd’hui quel fut le prestige de Nadia Boulanger, la Grande Prêtresse de Fontainebleau, comme on la nommait parfois. Car Nadia Boulanger était et est demeurée une légende. Dans le sillage d’Aaron Copland au début des années vingt, il semblerait que toute l’Amérique musicale ait débarqué à Paris pour bénéficier des conseils de « Mademoiselle », au point qu’il ne doit guère exister de villes, sinon de bourgades, du continent nord-américain qui n’aient abrité au moins un des élèves, fameux ou obscur, de Nadia Boulanger – le mentor et la conscience morale d’un monde (provisoirement ?) disparu.'' - Bruno Monsaingeon, 2006



mercredi 4 janvier 2012

La musique polyphonique des tribus pygmées

 

Le peuple pygmée regroupe plusieurs ethnies de chasseurs - cueilleurs - pêcheurs qui vivent dans les forêts équatoriales de l’Afrique. Leurs tribus se trouvent au Cameroun, au Gabon, au Congo, en République centrafricaine, au Rwanda, au Burundi et à l'Ouganda.

Caractérisés par une petite taille légendaire qui leur a valu d’être le sujet d’une iconographie peu flatteuse en Europe, les pygmées sont souvent rejetés par les autres ethnies et les Etats qui les abritent. Pour ne rien arranger, ils ont longtemps été nomades avant d’être chassés par l’exploitation forestière et d’adopter une vie sédentaire dans les villes.

A vrai dire je me suis d'abord intéressé à la mythologie pygmée avant de m'intéresser à leur musique. J'aimais beaucoup l'idée que dans leur mythologie il y ait un esprit, Edzengui, qui permette de faire le lien entre eux et la forêt par le rêve, et que la déforestation puisse représenter non seulement le déclin de leurs coutumes et de leurs usages ancestraux mais également leur mort spirituelle. Mon oratorio Edzengui, qui sera joué en création mondiale le 6 janvier à 20h30, est autant inspiré par leurs chants que par leur culture.

Comme souvent chez les tribus reculées, la musique pygmée, enseignée aux enfants dès leur plus jeune âge, a d’abord une fonction sociale et religieuse, et les accompagne au quotidien. Mais les analogies s’arrêtent là. La musique pygmée demeure une musique bien à part, autant sur le continent africain que dans l'ensemble du monde.

Bien que celle-ci ait inspiré d'illustres compositeurs contemporains comme Gyorgy Ligeti et Steve Reich, qui l'ont étudié un temps, ou des groupes new-age comme Deep Forest qui ont fait connaître leur esthétique auprès du grand public (sans que ce dernier puisse souvent en identifier l’origine), j’ai eu des difficultés à trouver des analyses musicologiques de leurs chants (pourtant étudiés en long et en large par des ethno-musicologues comme S. Arom). Pendant l’été 2010, alors que je travaillais sur Edzengui, j’ai donc consacré une partie de mon temps à écouter de la musique pygmée, à relever leurs chants et à m'en imprégner afin de composer ma propre mélodie. On entend cette dernière au début de la pièce sous sa forme polyphonique traditionnelle. Elle est ensuite réexposée deux fois sous une forme plus occidentale au piano: au début de l’Interlude (où harmonisée par des accords jazz elle se transforme progressivement) (Voir la vidéo) et dans l’Incantation qui suit, où elle est accompagnée par une texture onirique en harmonie quartale et le chant éploré des sopranos.

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mercredi 14 décembre 2011

Un ballet orchestralo-hip-hop signé Laurent Couson


Ancien élève au CNSMP, Laurent Couson est un compositeur né en 1976 que j'ai redécouvert au hasard d'un documentaire. Egalement professeur, arrangeur, auteur, pianiste, chef d'orchestre et même comédien, il a un curriculum vitae impressionnant et particulièrement éclectique. Il est notamment l'auteur d'un ballet orchestralo-hip-hop, Romeos et Juliettes, que je vous propose aujourd'hui de découvrir.



Si vous le désirez, vous pouvez écouter de plus larges extraits sur son site Internet.

Dans ce ballet - et c'est ce que je trouve fascinant - le compositeur réussit à faire la synthèse entre l'esprit des musiques urbaines comme le hip-hop et l'électro, et une certaine exigence d'écriture, à mi-chemin entre les formes minimalistes de Steve Reich, la générosité des comédies musicales de Broadway (influence revendiquée) et la richesse de formes plus classiques, parsemées de-ci de-là. Le travail de Laurent Couson sur ce ballet a ceci de particulier qu'il ne se contente pas seulement de mélanger les styles de la même manière de bout en bout (ce qui facilite la cohérence d'ensemble); il arrive également à les faire coexister en les faisant se succéder dans le temps, sans pour autant perdre de vue l'unité de l'oeuvre, ce qui, à mon sens, relève du tour du force formel - le final est à ce titre exemplaire!

Bien entendu, il y aura toujours une frange du public pour déplorer cette fusion que ses représentants qualifient volontiers de démagogique. Mais pour ma part, malgré l'extrême simplicité des éléments électroniques, je pense que son travail est original, intéressant et prometteur pour l'avenir de la création musicale, à défaut d'être pionnier en la matière. En effet, des expériences ont déjà été menées avec succès dans le passé, mais Laurent Couson a réussi à trouver un langage qui lui est propre et qui mérite à mon sens d'être apprécié à sa juste valeur. Pour les jeunes compositeurs que nous sommes, Laurent Couson prouve ici de manière éclatante qu'il est possible de réunir des influences en apparence inconciliables, tout en menant un discours personnel et construit.

dimanche 27 novembre 2011

Paul Mealor


Il a 36 ans, le New York Times l'a décrit comme l'un des compositeurs les plus importants ayant émergé dans la musique chorale écossaise depuis Williams Mathias, et son dernier album, A Tender Light, chez Decca est déjà en haut des charts, fait rarissime en musique contemporaine.

Son style se situe dans la lignée de cette nouvelle école de musique chorale dont je vous ai déjà parlé plusieurs fois sur ce blog et dont les représentants ont pour nom John Rutter, John Tavener, Eric Whitacre, James MacMillan ou Morten Lauridsen...

Son magnifique Ubi Caritas Et Amor, révision de Now Sleeps The Crimson Petal, a été interprété lors du mariage de Kate Middleton et de William, prince d'Angleterre.

jeudi 4 août 2011

"O Magnum Mysterium" - Morten Lauridsen


Je partage avec vous une pièce chorale que j'ai découverte récemment grâce à Eric Whitacre: O Magnum Mysterium de Morten Lauridsen. Inutile de vous dire que je trouve cette pièce sublime. Avec MacMillan, Whitacre, Rutter, Tavener ou Lauridsen, j'ai la sensation qu'on vit depuis quelques décennies une période très excitante dans le domaine du répertoire choral contemporain. Les compositeurs, pour la plupart américains ou anglais, réussissent à associer merveilleusement bien des harmonies complexes avec des mélodies directes et émouvantes. Ils sont à un tel degré de maîtrise qu'ils arrivent, grâce à la conduite des voix, à nous faire croire que des clusters sont des accords consonants: le style de Whitacre, manifeste dans son célèbre Lux Aurumque se caractérise notamment par des clusters formés progressivement à partir d'accords parfaits. Je pense qu'on a beaucoup à apprendre d'eux: leurs harmonies chatoyantes restent des terrains encore peu explorés.



Entretien (en anglais) avec le compositeur


mardi 31 mai 2011

Martin Grubinger, percussionniste surdoué



Puisque je vous parlais dans un précédent billet de l'efficacité rythmique, je vous recommande chaudement de visionner ce documentaire sur le percussionniste surdoué Martin Grubinger qui a été diffusé hier soir sur Arte et que vous pouvez dès à présent regarder en différé sur Arte+7.

Celui qui se présente volontiers comme un sportif avait 23 ans mais déjà une longue carrière derrière lui quand ce documentaire a été tourné en 2006. Ce portrait est à mon avis très instructif pour un compositeur car Martin Grubinger a toujours cherché à mettre en valeur la diversité des percussions dans la musique savante d'aujourd'hui.

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