Blog de Damien Deshayes

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Théorie de la Musique

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samedi 4 mai 2013

La sur-notation en question


Au hasard de mes pérégrinations sur le net, j'ai découvert un blog assez unique en son genre, celui de Tim Davies, orchestrateur américain, qui livre quelques conseils issus de son expérience. La particularité de ses recommandations? Une légitime obsession pour la concision. Il affirme ainsi que l'orchestre interprète certaines choses par défaut, et que beaucoup de compositeurs ont tendance à ajouter des informations inutiles ou superfétatoires: un accent combiné à un sforzando, la mention l.v. avec une liaison dans le vide, etc... Je trouve dans l'ensemble ses remarques très justes (la sur-notation est fréquente en musique contemporaine). Si tout dépend évidemment du contexte, cette question mérite à mon sens une vraie réflexion car cela permet de gagner en clarté.

Quelques articles sur le sujet:

Le reste du blog est tout aussi passionnant. Je recommande par exemple, le billet sur les trilles ou sur les coups d'archet.


jeudi 25 août 2011

Perçoit-on chaque tonalité de manière différente?

La tonalité de do majeur sonne-elle différemment de celle de ré majeur ou de fa # majeur? Pourquoi les romantiques préfèrent-ils les tonalités éloignées alors que celles-ci sont plus difficiles à jouer? Le choix d'interpréter la musique baroque au diapason de l'époque explique-il son succès récent ?

Bien entendu, quand j'évoque la notion de "tonalité", je ne pense pas aux différents modes (majeur, mineur, lydien, pentatonique, mode 2, etc...) mais aux différents états du mode: pour simplifier, je considère ici comme tonalité toute échelle modale que l'on transposerait de manière identique sur chaque note de la gamme chromatique.

Lorsqu'il faut répondre à la question "ressentez vous les tonalités de manière différente?": toute le monde n'est pas unanime: certains musiciens, qu'ils soient expérimentés ou non, qu'ils aient l'oreille absolue ou non, assurent qu'ils ne font pas de différence alors que d'autres musiciens dont je suis la ressentent de manière très claire. Certains musicologues ont d'ailleurs établi des nomenclatures indiquant le caractère de chaque tonalité. La présence d'un tel classement dans des manuels de référence prouve que cette perception n'est pas le fait d'une minorité. En revanche, j'avais noté l'une de ces nomenclatures lors de mon adolescence et lorsque je me reporte à celle-ci, je ne ressens que très rarement le même sentiment que son auteur. J'en conclus donc que si l'on perçoit une différence de caractère entre les tonalités, on ne la ressent pas pour autant de la même manière que son voisin.

A priori, cette différenciation est difficilement compréhensible dans la mesure où le tempérament d'aujourd'hui est "égal": toute transposition est donc nécessairement parfaite puisque les écarts mélodiques et harmoniques sont strictement les mêmes. Je me suis donc demandé si nos sens ne nous trompaient pas et si d'autres raisons ne présidaient pas à ce sentiment.

A cette fin, j'ai tenté plusieurs expériences.

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mardi 23 août 2011

Pascal Dusapin: conférence sur la forme musicale



jeudi 26 mai 2011

Conjuguer efficacité et subtilité rythmiques

En matière de rythme, comment peut-on concilier la qualité d'écriture de compositeurs comme Jerry Goldsmith ou John Williams et la puissance sonore du style Remote Control? De prime abord, ces objectifs peuvent paraître inconciliables, notamment parce que contrairement à ces illustres prédécesseurs, Zimmer pense la musique comme du rock. Composé par Marco Beltrami, le morceau Copter Chase (que vous pouvez écouter ici), extrait de la BO de Live Free Or Die Hard (4e volet de la saga) répond pourtant à mon sens en partie à cette interrogation. 

Ce qui distingue en général Williams, empreint de classique et de jazz, d'un compositeur contemporain ayant eu dans les oreilles dès son plus jeune âge de la musique actuelle, n'est pas tant l'écriture que la façon de concevoir l'instrumentation du pupitre percussif, ce qui, à mon avis, a une incidence sur l'écriture instrumentale. Alors que Williams se satisfait le plus souvent des percussions d'orchestre, les compositeurs actuels utilisent des percussions plus massives, souvent exotiques ou tribales, comme les taikos drums. Goldsmith a sans doute été l'un des premiers à expérimenter cela. Aujourd'hui de nombreuses banques de son permettent d'émuler ce type de percussions dont les jeunes compositeurs sont très friands: Drums of War, Stormdrum (et son fameux Thunderensemble qu'on entend partout), True Strike 2, etc... 

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mercredi 13 avril 2011

Abuse-t-on du Lydien?

Un peu d'histoire

Le Lydien fait partie des 8 modes grégoriens en usage pendant le Moyen-Âge. En théorie, ce mode se construisait très simplement en partant de la note Fa sans altérer les suivantes, ce qui donnait la gamme Fa-Sol-La-Si-Do-Ré-Mi-Fa. Si le mode de Do dit Ionien a depuis donné le mode majeur et le mode de La dit Aeolien le mode mineur, le mode de Fa dit Lydien n'a jamais fait partie du système tonal occidental tel que nous le connaissons aujourd'hui - bien qu'en réalité, à l'époque, il était équivalent à la gamme de Do majeur, le si bécarre étant fréquemment bémolisé. Par ailleurs, il n'a jamais correspondu à son équivalent grec, le mode Lydien désignant alors notre mode majeur actuel. En revanche, il est identique au mode grec Hypolydien.

Caractéristiques du Lydien

Le Lydien que nous connaissons aujourd'hui correspond au 5e mode médiéval théorique (avec un si bécarre). Transposé en Do, il donne la gamme suivante:

C'est à dire une gamme dont la structure est: 1T / 1T / 1T / 1/2T / 1T / 1T / 1/2T.

Ce mode est en fait l'équivalent d'une gamme majeure dont la sous-dominante est altérée et qui forme avec la tonique un intervalle d'une quarte augmentée (alors que dans la gamme majeure, le triton se situe entre la sous-dominante et la sensible).

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jeudi 17 mars 2011

Maquetter des effets contemporains en musique de film


Les réalisateurs ressentent aujourd'hui de plus en plus le besoin de vérifier que la musique correspond exactement à leurs intentions musicales. Notre travail désormais consiste à les rassurer au maximum en évitant toute approximation dans les maquettes, même si le risque est que le réalisateur préfère cette ébauche à l'enregistrement (cela arrive).

Cela soulève néanmoins des enjeux de taille pour le compositeur qui cherche à sortir des sentiers battus. Comment maquetter de manière satisfaisante des effets contemporains que l'on imagine très bien dans sa tête mais dont on ne trouve aucun échantillon dans les banques de son du commerce? Et quand bien même, lorsque des banques de son nous proposent des échantillons (clusters, clusters avec glissando en quarts de tons, pizzicato aléatoires, etc...), comment adapter ces effets de masse à notre composition sans trahir le rythme de cette dernière?

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lundi 27 décembre 2010

Musique de source/musique de fosse


Dans un film, la musique peut intervenir de deux manières différentes: soit elle fait partie de l'action, soit elle est extérieure à celle-ci. Par action, j'entends cette réalité imaginée dans laquelle les personnages du film se meuvent. Lorsqu'une musique appartient à la réalité du film (elle est diffusée par un poste de radio/interprétée par un musicien apparaissant à l'écran), elle est dite diégétique (ou de source). Lorsqu'elle n'appartient pas à celle-ci mais plus à celle du spectateur, on l'appelle musique extra-diégétique, ou musique de fosse: la plupart du temps, la musique originale écrite pour un film appartient à cette catégorie. Son rôle est avant tout d'influer sur notre perception de l'intrigue.

Cette différenciation (qui s'applique également au son) n'est pas réductible à la dichotomie entre champ et hors champ, la musique diégétique pouvant très bien avoir comme source un élément hors champ sans qu'elle soit extérieure à l'action.

En général, lorsque ces deux fonctions coexistent dans un film, les styles ont tendance à être différents. La musique de fosse tend à avoir une cohérence qui permet d'harmoniser l'ambiance du film et de lui donner une identité émotionnelle et esthétique forte. La musique diégétique est généralement d'un autre genre, changeant à chaque morceau, ce qui permet de bien séparer les deux dimensions. Elle est comme un élément du décor, comme un personnage dans la foule alors que la musique de fosse intervient plus sur les sentiments, sur ce qui n'est pas visible, à un degré supérieur de compréhension.

Cette opposition est particulièrement intéressante à prendre en compte lorsqu'on illustre musicalement un film. On peut créer des ambiguités tout à fait surprenantes lorsqu'on tente de mélanger simultanément ces deux fonctions. Le film "Atonement" (Reviens-moi) de Joe Wright avec Keira Knightley en comporte deux très beaux exemples, qui ont la particularité d'être tout à fait justifiés sur le plan narratif et esthétique.

Le premier exemple intervient dès le début du film. On y voit Briony écrire une pièce de théâtre sur sa machine à écrire. Le son de cette dernière que l'on peut entendre à ce moment là est bien entendu diégétique. Mais aussitôt après, alors que la jeune fille se lève et court dans les escalier pour annoncer qu'elle a fini son oeuvre, le son de la machine à écrire réapparaît de manière extradiégétique et abstraite et s'intègre rythmiquement à la musique de Dario Marianelli. Sur cette scène, l'effet paraît tout à fait gratuit (tout au plus peut-on penser à Erick Satie qui a été le premier à faire d'une machine à écrire un instrument de musique). Et il l'est en effet, si on ne tient pas compte des occurences qu'on entend ensuite, dont il est un effet d'annonce. En fait, ce bruit de clavier, lorsqu'il intervient de manière abstraite, indique au spectateur que la fille est en train de raconter des histoires. Lorsque Briony profère le mensonge initial qui aura les conséquences dramatiques que l'on sait, la musique et le rythme de la machine à écrire (extra-diégétique: on ne voit aucune machine à écrire à l'écran) entament une sorte de dialogue tout à fait séduisant.

La scène qui précède celle où Briony fera ses aveux à la télévision préfigure ainsi le twist final: on entend de manière subliminale le son du clavier de la machine à écrire mélangé aux bruits de la rame de métro.

Le second exemple n'a pas de fonction dramatique, mais permet de renforcer l'émotion du très long plan séquence sur la plage de Dunkerque. La musique élégiaque de Dario Marianelli commence, la caméra continue d'avancer avec Robbie et lorsqu'elle rencontre le choeur d'homme dans le kiosque, les voix monodiques de ces soldats, diégétiques, se mêlent avec la musique originale extra-diégétique, se trouvant ainsi une assise harmonique. Lorsque la caméra quitte le kiosque, les voix s'estompent et la musique se poursuit. Chose étrange, non seulement les deux musiques marchent très bien ensemble, mais elles conservent chacune leur indépendance: on a bien l'impression de deux airs qui se chevauchent fortuitement, mais dont la rencontre heureuse est tout aussi hasardeuse. J'ignore comment cet effet a été travaillé, si Marianelli a écrit les deux morceaux, s'il a écrit avant le tournage, ou après tournage en composant sur la partie chorale, mais il demeure que le procédé est ingénieux et magnifie la scène. Sur le disque, le morceau "Elegy For Dunkirk" en est la reproduction fidèle.

mardi 19 janvier 2010

Gérer les instruments: les amateurs et la pratique instrumentale (Partie 2)

B) Les amateurs

Depuis quelques années, comme beaucoup de mes collègues, j’écris beaucoup d’œuvres pour les amateurs. En fait, toutes mes œuvres de concert l’ont été.

Je peux comprendre qu’au premier abord cela puisse faire peur de confier ses partitions à de tels instrumentistes, souvent jeunes et inexpérimentés. Mais il faut passer outre et accepter que son œuvre soit jouée de manière approximative car j’y vois à la fois des avantages et une nécessité.

D’abord c’est le lot de beaucoup de jeunes compositeurs. Il faut rassurer et donc s’assurer que l’on arrive à gérer telle formation avant de recevoir des commandes. C’est souvent une nécessité également parce que si l’on ne vient pas au mieux du CNSM ou au pire d’un CNR où l’un des profs nous a pris sous son aile (comme Guillaume Connesson avec Landowski), il est pratiquement impossible d’être joué en concert par des professionnels de la musique classique, milieu extrêmement fermé et très méfiant vis à vis des « autodidactes » ou des compositeurs ayant un bagage en deça de ce qu’ils pourraient exiger (ce qui n’était pas vrai dans les années 60, période avant-gardiste où des « outsiders » comme Xenakis ont réussi à se faire une place).

Il faut dire que contrairement aux apparences, les musiciens professionnels sont rarement enchantés à l’idée de créer une œuvre contemporaine, à moins d’être dans une formation dont le répertoire se réduit à peau de chagrin (octuor de violoncelles, quintette à cordes, etc…). Car le public aime ce qu’il connaît. Quand ils acceptent de le faire, c’est soit parce que le compositeur est reconnu et qu’il va valoriser la formation, soit parce que cette création est soutenue par un mécène ou une commande publique. Les amateurs, au contraire, sont davantage ouverts à cela : je crois qu’au fond cela les flatte qu’on s’intéresse à eux et qu’on leur fasse confiance. Tout le monde y trouve son compte (bien sûr il ne faudra pas espérer être payé : c’est du donnant-donnant même s’il arrive que certaines commandes d’amateur soient payées ou défrayées, ce qui m’est arrivé quelques fois). En ce qui me concerne, les œuvres du concert sont souvent des laboratoires qui me permettent de faire des expériences et de me tromper. Lorsque c’est réussi je garde dans mon catalogue, sinon je jette. Un procédé qui sonne, je le réutilise dans mes musiques de film.

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lundi 18 janvier 2010

Gérer les instruments: les amateurs et la pratique instrumentale (Partie 1)

J’enfonce des portes ouverte mais dans le milieu de la composition pour le cinéma, une question est souvent remise sur le tapis lorsqu’on discute entre collègues ou qu’on négocie avec des producteurs: informatique ou musiciens ? Une question bien évidemment rhétorique puisque 99% des compositeurs vous diront qu’ils préfèrent les musiciens à l’émulation instrumentale.

Dans la réalité, le nombre de « prétendants » qui franchissent le pas est devenu très rare. L’informatique rassure autant le compositeur que le commanditaire. Et l’acoustique devient un rêve auquel souvent on ne se promet d’accéder que lorsqu’on aura assez d’argent pour le faire.

Pourtant, et c’est sans doute une évidence aussi, je ne suis pas sûr qu’on puisse apprendre à gérer des instruments acoustiques sans y avoir été confronté de nombreuses fois. Je crois qu’il est indéniable que ce n’est pas une fois sur place avec un orchestre professionnel qu’on apprend l’orchestration. A moins d’avoir été aidé par un arrangeur ou un orchestrateur, ce qui arrive souvent : mais je crois que plus le compositeur en sait, mieux c’est. Et pour le commanditaire qui finance la réalisation de l’oeuvre, il est plus rassurant de savoir que son compositeur a de l’expérience dans ce domaine. Autrement dit, dans le contexte actuel, c’est le serpent qui se mord la queue. Pour pouvoir négocier au mieux un enregistrement qui nous donnera de l’expérience, il faut pouvoir justifier de ses compétences.

Alors comment apprendre lorsqu’on n’a pas les moyens financiers de recruter des musiciens? Deux solutions: jouer d’un instrument bien sûr, ou… composer pour des amateurs. Cette réponse peut sembler une lapalissade pour ceux qui ont étudié la musique au Conservatoire. Elle l’est sans doute moins pour ceux qui me lisent et qui ont commencé avec l’ordinateur.

Ce sujet étant un peu vaste, il sera segmenté en deux billets.

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jeudi 17 septembre 2009

Chroniques d’un enregistrement (Partie 5)


Etape 4: Où il est question d’argent et de contrats…


Il s’agit de l’étape la plus critique car elle conditionne la licéité de l’exploitation : compte tenu de ma formation d’origine, j’y apporte donc un soin particulier et prépare en général autant de contrats qu’il y a d’instrumentistes, ce qui fut le cas sur Déjà Là : personne n’est reparti sans signer un contrat en deux exemplaires. Rappelons qu’un contrat type doit être adapté à la situation en cours : cela demande des adaptations parfois profondes que seul un juriste ou un avocat est capable de faire.

 

Les artistes interprètes disposent comme le compositeur de droits moraux et de droits patrimoniaux, qu’on qualifie cette fois-ci de droits voisins. Leurs droits moraux (respect du nom, de la qualité et de l’interprétation) sont inaliénables et leurs droits patrimoniaux soumis à autorisation. Beaucoup d’interprètes vous rétorqueront que les droits d’artiste interprète ne se cèdent pas, parce que c’est illicite (il faudrait donc utiliser le verbe « autoriser » et non « céder »). Je ne sais pas d’où vient cette légende urbaine largement répandue, fruit d’une interprétation rigoriste de l’article L.212-3 alors que même la Cour de Cassation, qui fait autorité en la matière, use de ce terme (voir ainsi Soc. 20 déc. 2006).

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