4'33"



4'33" est sans aucun doute l'oeuvre la plus célèbre du compositeur américain John Cage. Cette pièce provocatrice, inspirée par l'art conceptuel, fut interprétée pour la première fois en 1952. La note de John Cage est ainsi rédigée (Source: Wikipédia): "Le titre de cette œuvre figure la durée totale de son exécution en minutes et secondes. À Woodstock, New York, le 29 août 1952, le titre était 4'33" et les trois parties 33", 2'40" et 1'20". Elle fut exécutée par David Tudor, pianiste, qui signala les débuts des parties en ouvrant le couvercle du clavier, et leurs fins en fermant le couvercle. L'œuvre peut cependant être exécutée par n'importe quel instrumentiste ou combinaison d'instrumentistes et sur n'importe quelle durée." Il y a quelques années, j'en ai d'ailleurs interprété les deux premiers mouvements en concert, avec plusieurs de mes collègues flûtistes.

Cette partition silencieuse (et écrite comme telle) a été composée après que le compositeur ait visité une chambre insonorisée et se soit rendu compte que le silence complet n'existait pas, ne serait-ce que parce que notre corps émet lui-même un bruit interne auquel on ne peut échapper.
La durée de l'oeuvre a été fixée par hasard. Pourtant deux théories affirment le contraire:

- la durée de l'oeuvre est de 273 secondes soit l'opposé de la valeur en degrés Celsius du zéro absolu.
- Daniel Charles affirme quant à lui que 4'33" pourrait être un ready-made à la Marcel Duchamp. Il remarque par ailleurs que sur les claviers en AZERTY le 4 correspond au signe ' et le 3 au signe ".

A mon sens, on peut analyser cette pièce de plusieurs façons (ces analyses ne sont pas exclusives l'une de l'autre!):

- Comme une simple provocation;
- comme une redéfinition de la musique: le geste de John Cage serait aussi créateur que celui de Marcel Duchamp lorsqu'il exposa son urinoir signé R. Mutt;
- Comme un rappel: le silence fait partie intégrante du processus musical;
- Comme un simple trait d'humour: John Cage a en effet signé d'autres pièces, beaucoup plus clairement humoristiques;
- Comme une réflexion sur ce qu'est le "silence absolu". Cette pièce montrerait qu'on ne peut atteindre un tel objectif;
- Comme le comble d'une musique d'ameublement. Alors que Satie composait de la musique pour meubler le silence, Cage donne à entendre le silence pour en faire de la musique.

Les deux vidéos que je vous présente ici sont intéressantes dans la mesure où elles démontrent que même lorsqu'il s'agit de jouer une pièce comme celle-ci, il y a de la place pour une interprétation personnelle: humour dans la première vidéo, dévotion dans la seconde vidéo (interprétation de David Tudor).