Je m’abstiendrai de spéculer quant à la musique elle-même. Néanmoins cette information étonnante à laquelle personne ne s’attendait suscite chez moi beaucoup d’interrogations. Tout d’abord, je ne suis pas sûr que Desplat, qui est pourtant l’un des meilleurs compositeurs que la France ait, soit le meilleur choix pour Harry Potter. Si j’avais apprécié l’approche de Hooper et de Doyle sur les derniers volets, c’était précisément parce que leur musique était sombre, gothique et rudement efficace. Son écriture intimiste, subtile, constamment sur le fil, est-elle en accord avec l’univers d’Harry Potter, tel que le conçoit David Yates ? Comment va-t-il pouvoir relever le défi ?

Pour aller plus loin dans l’analyse, comme je le disais sur Facebook, je commence à me demander si Desplat ne prend pas un risque à courir ainsi les projets. En quelques années à peine, il a pratiquement fait le grand chelem: il a travaillé avec les réalisateurs les plus inaccessibles (Malick, Fincher, Frears, etc…), a signé un gros blockbuster (Twilight) : il a gravi l'Himalaya de la musique de film en un temps record. Et sans mauvais jeu de mot, je finis par poser la question: "Et après?"... Comme va-t-il encore surprendre? Dans une carrière n’est-il pas parfois utile de lâcher du lest, de prendre du recul ? Je commence à craindre pour lui que la prédiction de Yared s'accomplisse (« On ne peut pas faire 5 films par an, on ne peut pas faire 4 films par an, on ne peut pas faire 3 films par an. Ce n’est pas vrai, ça : on peut faire un film par an. Un ou un et demi. Au delà on ne peut pas » « Je pense que ces gens finiront par perdre la musique. Cette musique les quittera »). Ce qui m’inquiète à vrai dire c’est qu’à force d’en faire, il finisse par perdre ce qui fait sa singularité.

Au delà de ces interrogations qui ne sont que des réserves personnelles, on ne peut que se réjouir de la success story qu’est celle de Desplat. Sa carrière est exemplaire, et il faut bien avouer que sa présence à Hollywood est aussi un bienfait pour la musique de film, puisqu’elle remet au goût du jour une vraie écriture, souvent éloignée des poncifs du genre. La confiance qu’on lui accorde sur Harry Potter confirme que Desplat est définitivement entré dans le panthéon des compositeurs de musique de film sur qui il faut compter aujourd'hui.