L'atonalisme. Et après?


Dans un séminaire qu'il a donné au collège de France à l'invitation de Karol Beffa, le pianiste et compositeur Jérôme Ducros tire une charge à boulets rouges contre l'atonalisme, servie par des exemples édifiants:

Commentaire: l'exemple de 1626 n'est pas anodin et on pourrait regretter que le conférencier, qui ne fait pas toujours très bien la distinction entre la tonalité et la modalité, se concentre essentiellement sur la période contemporaine et postérieure à Bach alors que la musique occidentale européenne (en dehors des britanniques qui se sont toujours refusés à ces excès) a déjà vécu une période analogue au dogme sériel lors du Moyen-Âge avec l'Ars Subtilior.

Par ailleurs, je pense que certains arguments n'invalident pas forcément la musique atonale: l'absence d'attente ou de sens reste un projet valable et sert également le discours postmoderne à partir du moment où ces techniques sont intégrées dans une dynamique tension/détente (n'est-ce pas le cas de l'harmonie non fonctionnelle chez Ravel?).

Certains acquis que la musique atonale a systématisés font d'ailleurs admirablement recette dans la musique tonale: Jérôme Ducros se focalise sur les clusters qui parasitent de manière négative le discours musical alors que la musique d'Eric Whitacre tend à démontrer que les clusters pandiatoniques fonctionnent très bien dans une logique tonale et qu'ils souffriraient de la moindre erreur d'exécution.

En dehors de ces quelques remarques somme toute très personnelles, la démonstration, brillante et libératrice, permet de comprendre en quoi la musique tonale/modale est le creuset nécessaire et indispensable du plaisir musical.


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